Irrueption

De 2010 à 2015,  les mois de juin ont été rythmés, le temps d’un weekend, par le festival IRRUEPTION se déployant sur le belvédère et dans l’amphithéâtre du parc de Belleville. Cet événement ouvert à tous.tes, gratuit et pluridisciplinaire a investi la rue, en haut du parc de Belleville. Par un constant mélange des statuts — professionnels et amateurs — et des genres — théâtre, musique, vidéo, danse, poésie, IRRUEPTION a tenté de proclamer l’unité de la culture, et par là même l’unité du corps social et politique. 

 

À cette occasion, nous avons également cherché à collecter et à relayer auprès des institutions locales les expressions spontanées et citoyennes qui émergent de cette manifestation. IRRUEPTION fut un événement politique renvoyant à la première définition de l’espace public : un lieu d’hospitalité où les langues se délient et où l’échange devient une évidence. Dès lors, exigence sociale et exigence culturelle s’enrichissent mutuellement et vont de pair.
Cette dimension citoyenne s’est renforcée par l’implication des habitant.e.s et associations du quartier, du XXe arrondissement, et plus largement de l’Est parisien, qui participent tout au long de l’année à la réalisation de ce projet.

Suite à la 5ème édition du festival, l’association a pris la décision d’en cesser la tenue afin de s’orienter sur d’autres activités, elle en a expliqué les raisons dans le communiqué suivant :

« La 5e édition du festival IRRUEPTION a été un succès. En créant une grande densité de relations et de sociabilité et en fédérant les énergies, IRRUEPTION a contribué à faire converger et s’exprimer des initiatives associatives et artistiques qui créent une alternative. Vous êtes nombreux à avoir partagé avec nous ces trois jours irrueptifs, nombreux aussi à qui nous n’avons pas pu parler des aspirations de notre association, et c’est pourquoi il nous semble aujourd’hui important de rappeler que ce moment représente pour nous davantage qu’une grande fête. Nous y voyons avant tout un acte politique.

En combinant occupation de l’espace public, gratuité, culture et expression libre, IRRUEPTION tente de repenser la rue comme un lieu idéal pour réinventer les pratiques démocratiques. La culture n’est pas tant une fin en soi : c’est un terrain d’entente autour de références partagées, un levier d’ouverture à l’inconnu, un outil d’éducation populaire, un générateur de sociabilité et d’émancipation. En garantissant un égal accès à la culture et à l’expression libre, l’association tente de fédérer des groupes sociaux différents autour d’intérêts culturels et politiques communs.

Or ces idées là, nous les voyons de plus en plus noyées à mesure qu’IRRUEPTION s’épanouit : l’ampleur que le festival a pris ces dernières années rend de plus en plus difficile l’accomplissement d’un travail moins éphémère, dilue notre message et réduit notre impact politique. Aussi, bien que nous soyons fiers et heureux d’avoir, cinq ans durant, donné vie et corps à cinq merveilleux festivals, nous avons décidé de nous focaliser sur une action associative plus pérenne : le festival IRRUEPTION tel que vous l’avez connu n’existera plus.  Inspirés par les notions de « pouvoir d’agir » et de « community organizing », nous souhaitons à présent nous consacrer à un travail d’organisation, de structuration et de développement des différentes initiatives qui peuvent naître autour de nous. Nous cherchons à faire émerger une convergence, une cohérence, une conscience peut-être, qui nous permettra d’entrer en scène en tant qu’acteur collectif. Tisser un réseau, organiser des ateliers, proposer des créations, faire la fête, autant de chantiers en cours pour réinventer la politique.

Nous faisons ainsi appel à vous, à vos idées et à votre énergie : Belleville Citoyenne fédère les initiatives individuelles et collective en vue de constituer un laboratoire d’expérimentation démocratique. Rejoignez-nous ! Rencontrons- nous ! »